Plus tard c’est la radio c’est l’écoute de la radio qui m’a mené dans les bars, plus tard, où j’ai bu. J’ai commencé les bars au début j’allais dans les bars pour écouter les musiques des bars, j’avais repéré tu sais, il y a les bars à radio et les bars à cd, les bars où tourne une radio à tubes, l’après-midi, j’y allais seul et je buvais et j’écoutais. J’ai longtemps aimé faire ça. Puis vers le soir je changeais et j’allais dans les bars à cd, où le barman met des cd, une sélection qui tourne et que les gens aiment écouter. Et j’avais une pratique un peu ethnologique, disons j’avais une pratique ethnologisante, mi esthète mi ethnologisante du monde sonore des bars, des musiques de stations et des musiques de cd des bars. J’avais cartographié. Je pouvais me déplacer assez loin de mon quartier, j’avais des exigences, sachant toujours précisément ce que j’allais trouver.

  L’écoute de la radio m’avait menée aux bars et les bières des bars que je buvais au bar m’amenaient aux toilettes des bars et alors je me suis penché un moment sur les toilettes des bars dans lesquelles j’ai développé de nouvelles compétences, de bonnes compétences dans, bien sûr, l’étude des graphies tracées aux murs, textes et images, mais aussi une compétence dans l’analyse de la pratique urinaire de mes condisciples.

  Bon, tu arrives dans les toilettes et là tu vois à la lunette des toilettes que c’est un garçon qui vient de passer. Les gouttes de pisse sur la lunette des toilettes c’est le grand classique, qui oserait encore épiloguer sur le grand classique des gouttes de pisse sur la lunette des toilettes. 

  Bon, c’est évident que les garçons devraient tous s’asseoir pour pisser mais ce qu’il y a, dans un premier temps, ce qu’il ne faut pas oublier, de dire, c’est que les filles aussi devraient pisser debout, parce que tu veux l’égalité tu veux bosser avoir ton appartement tu veux être l’égale des cons alors pisse debout comme un gros con pour en foutre partout, des gouttes. Fous- en partout des gouttes sur la lunette, parce qu’il te faut un peu plus de cohérence dans ta vision politique maintenant. Les filles de toute façon elles n’osent pas exister en nonchalance et laisser des traces de négligence. C’est l’exemple type de leur constipation. 

  Pisser comme ça un coup sans y penser, debout, voire même en se curant le nez ou en fumant d’une main une cigarette et de l’autre passer un coup de fil, avec le portable coincé entre la joue et l’épaule, repliée, dans une bonne posture de gros con, elles n’osent pas. Elles devraient le faire bien sûr mais elles ne le font pas et du coup dans la foulée elles se plaignent de ceux qui pissent à côté, ce en quoi elles ont tort, et devraient faire un effort, changer leur position de corps, c’est- à-dire redéterminer les gestes quotidiens et inventer un nouveau rapport à sa physiologie, à sa chatte à ses mains, tout, tout l’espace que tu prends quand tu bouges, pour vivre.

  Du coup laisse un peu couler au lieu de t’asseoir et de vouloir voir tout le monde s’asseoir, toujours assis bien poli, bien soumis. Ce serait bien de voir tout le monde debout maintenant, et l’on ne reconnaîtrait plus le sexe des gouttes de pisse sur la lunette, et ce serait ça l’égalité.

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